Récupérer : le nouveau défi de prévention des RPS

Récupérer : le nouveau défi de prévention des RPS

Récupérer : le nouveau défi de prévention des RPS

Ce contenu a été rédigé dans le cadre du Congrès RH 2026 à Québec.

Et si le prochain défi en prévention des risques psychosociaux était la récupération? Découvrez pourquoi elle devient un levier stratégique pour les RH et comment le Radar de la récupération organisationnelle peut guider des actions concrètes.

Pendant longtemps, la prévention des risques psychosociaux s’est surtout concentrée sur des facteurs bien connus : charge de travail élevée, manque d’autonomie, conflits, faible reconnaissance ou harcèlement. Ces risques restent primordiaux, mais les transformations du travail obligent maintenant les organisations à surveiller un autre enjeu : la difficulté à récupérer.

Le travail en mode hybride, les outils collaboratifs, l’intelligence artificielle, les notifications et les attentes de disponibilité transforment la manière de travailler, mais aussi la capacité à décrocher. La journée peut être terminée sans que le travail le soit réellement : un message est consulté, une réunion est anticipée ou un dossier continue d’occuper l’esprit. Paradoxalement, nos appareils récupèrent mieux que nous.

Or, la récupération est loin d’être un luxe. Elle désigne le processus par lequel les ressources physiques, cognitives et émotionnelles mobilisées au travail se reconstituent progressivement (Sonnentag & Fritz, 2007). Lorsqu’elle est insuffisante, la fatigue s’accumule, la concentration diminue et la performance devient plus difficile à maintenir dans le temps (Sonnentag, 2018).

Repérer les signes d’une récupération insuffisante

Pour les RH, le premier défi consiste à reconnaître les signaux. Ceux-ci ne prennent pas toujours la forme d’absences ou de plaintes explicites. Ils peuvent aussi se manifester par :

  • Des journées remplies de réunions sans temps de concentration;
  • Des messages envoyés ou traités en soirée;
  • Des pauses régulièrement reportées;
  • Une difficulté à distinguer les demandes urgentes des demandes simplement importantes;
  • Des personnes qui continuent à travailler malgré la fatigue, la détresse ou un problème de santé.

Ce dernier comportement peut s’apparenter au présentéisme : les personnes tentent de maintenir leur contribution malgré des ressources diminuées (Karanika-Murray & Biron, 2020). Il ne dépend pas seulement de leur capacité individuelle à gérer le stress. Il est aussi influencé par la charge, l’autonomie, les attentes et le soutien disponibles.

Passer de la sensibilisation à l’action

Inviter les personnes à mieux dormir, à prendre des pauses ou à développer leur résilience peut être utile. Toutefois, ces mesures auront peu d’effet si les pratiques organisationnelles continuent de limiter les possibilités de récupération.

Les travaux récents sur le climat organisationnel de soutien à la récupération soulignent notamment l’importance de la gestion de la charge, de l’autonomie, du soutien des gestionnaires et de pratiques organisationnelles favorables à la récupération (Toscano et al., 2026).

Concrètement, les RH peuvent amorcer la réflexion avec un Radar de la récupération organisationnelle comportant cinq questions :

  1. Disponibilité : Les délais de réponse attendus sont-ils clairement définis?
  2. Charge : Les équipes disposent-elles de marges suffisantes pour absorber les imprévus?
  3. Gestion : Les gestionnaires protègent-ils les pauses, les vacances et les périodes de concentration?
  4. Technologies : Les outils numériques simplifient-ils le travail ou multiplient-ils les interruptions?
  5. Culture : Valorise-t-on les résultats ou la disponibilité constante?

L’objectif n’est pas de tout transformer à la fois, mais de cibler les principaux obstacles à la récupération, de choisir une action réaliste et d’en suivre les effets. Il peut s’agir, par exemple, de réduire les réunions peu utiles, de protéger certaines plages de concentration, de clarifier les degrés d’urgence ou d’utiliser l’envoi différé des courriels.

Prévenir les risques psychosociaux ne consiste donc plus seulement à réduire ce qui épuise. Il faut aussi agir sur les pratiques, les normes et les outils qui empêchent les personnes de récupérer réellement.

Au Congrès RH 2026, je présenterai le Radar de la récupération organisationnelle, un outil concret pour repérer les zones de risque, cibler les priorités et passer à l’action. Parce que la récupération constitue une condition essentielle d’une santé et d’une performance durables.

Références

Karanika-Murray, M., & Biron, C. (2020). The health-performance framework of presenteeism: Towards understanding an adaptive behaviour. Human Relations, 73(2), 242–261.

Sonnentag, S. (2018). The recovery paradox: Portraying the complex interplay between job stressors, lack of recovery, and poor well-being. Research in Organizational Behavior, 38, 169–185.

Sonnentag, S., & Fritz, C. (2007). The Recovery Experience Questionnaire: Development and validation of a measure for assessing recuperation and unwinding from work. Journal of Occupational Health Psychology, 12(3), 204–221.

Toscano, F., Zappalà, S., & Donati, S. (2026). Recovery from Work in a Broader Perspective: Conceptualizing the Organizational Climate for Recovery. Australian Journal of Career Development, 35, 119–129.

Sandra Salvoni est vice-présidente et directrice scientifique – Santé et mieux-être organisationnels chez inpowr.

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Vos sondages vous donnent-ils une fausse impression de prévention des RPS?

Vos sondages vous donnent-ils une fausse impression de prévention des RPS?

Les risques psychosociaux (RPS) sont aujourd’hui davantage mesurés, beaucoup plus rarement prévenus à la source.

Dans plusieurs organisations, le réflexe est maintenant bien installé.

Le climat se fragilise.
Les tensions augmentent.
Le roulement devient préoccupant.
Les équipes parlent davantage de fatigue ou de surcharge.

Alors, on diffuse un sondage.

Quelques semaines plus tard, les résultats arrivent, les graphiques aussi. Généralement, un certain soulagement s’installe, l’organisation a enfin l’impression de comprendre ce qui se passe.

Le danger, c’est que les organisations confondent parfois consultation et prévention. Recueillir des perceptions ne signifie pas comprendre ce qui, dans le travail, émerge les RPS.

En santé et sécurité du travail (SST), une question beaucoup plus dérangeante mérite d’être posée :

Le sondage permet-il réellement d’identifier les RPS ou mesure-t-il surtout des conséquences déjà suffisamment installées pour devenir visibles?

En prévention, il existe une différence majeure entre :

  • Constater des effets comme une hausse de la détresse dans certaines équipes;
  • Comprendre l’origine de ce qui les produit dans le travail.

Cette distinction change complètement la capacité réelle d’une organisation à prévenir les RPS.

Ce qu’un sondage permet et ses limites

Soyons clairs : un sondage peut être utile, il peut :

  • Ouvrir des discussions;
  • Rendre visibles certaines perceptions;
  • Documenter certaines préoccupations;
  • Alimenter une réflexion organisationnelle.

Plusieurs outils non validés scientifiquement présentent des limites méthodologiques importantes lorsqu’il est question d’identifier adéquatement les RPS et leurs facteurs de risques psychosociaux (FRPS).

Dans plusieurs cas :

  • Les dimensions évaluées ne reposent pas sur des référentiels reconnus en SST ou sur des modèles validés en prévention des RPS;
  • Les FRPS influençant les RPS demeurent peu documentés;
  • Les outils ne permettent pas toujours une interprétation suffisamment fiable des réalités observées;
  • Les résultats peuvent être influencés par le contexte, les émotions du moment ou certains événements récents.

Comme toute mesure reposant sur des perceptions humaines, certains biais demeurent possibles. Les questionnaires fondés sur des modèles validés cherchent toutefois à mieux encadrer ces effets afin d’obtenir des données plus stables, fiables et représentatives des réalités de travail.

Lorsqu’une organisation veut mesurer la qualité de l’air, le niveau de bruit ou l’exposition à un contaminant, elle ne s’appuie pas sur des impressions générales ou des outils improvisés. Elle utilise des méthodes reconnues, des outils fiables et des données interprétables.

Les RPS pouvant eux aussi influencer directement la SST des personnes, leur identification doit répondre au même niveau de rigueur méthodologique.

Quand mesurer ne veut pas dire prévenir

Le problème n’est pas de poser des questions. Le problème est de croire qu’un sondage de perceptions générales permet, à lui seul, d’identifier des RPS dans une logique de prévention en SST.

Les RPS ne commencent généralement pas lorsqu’ils apparaissent dans un sondage, ils prennent souvent forme progressivement :

  • Dans certaines contraintes répétées;
  • Dans des modes de fonctionnement qui s’installent;
  • Dans des accumulations silencieuses;
  • Dans une surcharge devenue normale;
  • Dans un manque de soutien qui perdure;
  • Dans des tensions qui finissent par être tolérées dans le quotidien.

Ces réalités ne peuvent pas être comprises à partir d’un portrait ponctuel.

Pourquoi cette distinction devient incontournable

Aujourd’hui encore plusieurs milieux de travail réduisent les RPS à un exercice de sondage. Comme si photographier le malaise permet, à lui seul, d’en comprendre les causes dans le travail.

En SST, constater un risque n’a jamais été suffisant pour le prendre en charge.

Avec la Loi 27, les organisations sont appelées à intégrer les RPS dans une véritable démarche de prévention : identifier, analyser, corriger, contrôler et suivre les facteurs liés au travail qui influencent la santé psychologique. Ces facteurs renvoient notamment à l’organisation du travail, aux pratiques de gestion, aux conditions d’emploi ainsi qu’aux relations sociales dans le travail.

Il ne s’agit pas uniquement de recueillir des perceptions, mais de développer une capacité organisationnelle à prévenir les atteintes à la santé, à la sécurité ainsi qu’à l’intégrité physique et psychique.

C’est un véritable changement de paradigme en SST face aux RPS, car entre ces deux réalités, il existe un écart beaucoup plus grand qu’il n’y paraît.

Les organisations doivent être en mesure notamment :

  • D’identifier les facteurs influençant les RPS;
  • D’analyser leurs réalités organisationnelles;
  • De prioriser les actions;
  • De mettre en place des mesures de prévention et de contrôle adaptées;
  • De suivre l’évolution des risques dans le temps;
  • D’évaluer et d’ajuster leurs actions selon l’évolution des réalités de travail.

Ce basculement transforme la compréhension même de la prévention des RPS en SST :

  • D’une logique centrée principalement sur les conséquences visibles;
  • À une logique orientée vers la compréhension des FRPS, la prévention à la source et l’ajustement continu des conditions de travail.

Ce que les organisations doivent maintenant développer

Plusieurs organisations disposent déjà de sondages, d’indicateurs et de données internes.

Les organisations ont maintenant besoin d’outils capables de produire des données fiables, comparables et interprétables dans le temps afin de soutenir une lecture plus juste des réalités de travail.

Au-delà des résultats visibles, l’enjeu consiste aussi à mieux identifier les facteurs influençant les RPS afin d’orienter les actions de prévention de façon cohérente, structurée et durable.

Deux approches qui ne poursuivent pas le même objectif

Sondage

Mesure principalement des perceptions
Portrait ponctuel
Questions dont la validité varie selon les outils utilisés
Résultats difficiles à interpréter
Observe surtout les effets visibles
Peut limiter la compréhension des facteurs influençant les RPS

Questionnaire validé

Cherche à identifier les facteurs influençant les RPS
Suivi évolutif dans le temps
Dimensions reconnues scientifiquement
Données fiables et comparables
Soutient l’identification des risques
Soutient une prévention ciblée

 

Un sondage peut contribuer à alimenter une réflexion organisationnelle et s’intégrer à une démarche plus large de prévention. Cependant, à lui seul, il ne permet pas d’identifier adéquatement les RPS dans une approche structurée de prévention en SST.

Là où l’approche change réellement la lecture des RPS

Certaines approches cherchent justement à dépasser la simple logique de sondage ponctuel en s’appuyant sur des questionnaires validés scientifiquement intégrés à une démarche structurée de prévention des RPS. Ces démarches permettent :

  • L’identification des facteurs influençant réellement les RPS;
  • Le suivi de l’évolution des réalités dans le temps;
  • Une lecture plus stratégique des tendances organisationnelles;
  • Une orientation plus cohérente des pistes d’actions de prévention.

Cette méthodologie permet ainsi d’obtenir des données fiables, comparables et interprétables dans le temps afin de soutenir une prise en charge plus cohérente, stratégique et durable des RPS.

En SST, la qualité de la collecte des données influence directement la qualité des décisions qui suivent.

Le défi consiste à ne plus attendre que les conséquences deviennent observables pour commencer à se mobiliser autour des réalités de travail qui les produisent.

La prévention prend tout son sens lorsqu’elle permet d’intervenir tôt, collectivement et concrètement afin d’agir durablement sur les facteurs influençant les RPS.

Une question importante pour les organisations

Votre organisation s’appuie-t-elle sur un sondage de perceptions ou sur une démarche structurée utilisant des questionnaires validés scientifiquement pour identifier, analyser et prévenir les RPS?

Contenu rédigé par Daisy Gauthier, experte et partenaire des milieux de travail en SST et en prévention des RPS.

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