Serge Jeudy, ou l’homme toujours en quête de vérité.

En 1984, Serge Jeudy remet son mémoire de maîtrise nommé « Études des raisons qui poussent les gens à courir de longues distances et identification des bénéfices qu’ils en retirent. » Il énonce alors dans sa conclusion qu’une activité faite avec passion vient équilibrer une personne sur ses différents secteurs de vie physique, mental et social.

Découvrez ici un homme hors du commun, inventif, curieux et aux mille et un projets qui par la rédaction de son mémoire a établi les fondements mêmes d’inpowr.

1946 to 1968

1968 to 1974

1974 to 1980

1980 to 1984

Summary

Conclusion

1946 à 1968

FRANCE : un amour inconditionnel pour le sport

Curieux, inventif et résilient 

Né le 7 mars 1946 à Hamanxard  le Val D’ajol, dans une petite maison de campagne de l’est de la France, Serge Jeudy a vécu son enfance dans une France ravagée par la Deuxième Guerre mondiale. Enfant, il est curieux, inventif et avare de savoir. Il lit beaucoup et dès l’âge de 12 ans, passionné d’astronomie et sans argent de poche, il fabriquera par lui-même une lunette astronomique afin d’explorer la lune et les étoiles hors de la ville de St-Dié où il habite depuis l’âge de 8 ans. Petit et agile, il se découvre une aptitude pour le sport, toutes catégories confondues. Il tente le cyclisme, la course à pied et même l’alpinisme avant de se diriger plus sérieusement vers l’athlétisme.

En 1961, à l’âge de 15 ans, alors que le jour même il battait le record provincial du 600m, Serge a un accident de vélo qui lui laisse les jambes écrasées et mutilées. Les médecins étaient d’accord sur une chose: il ne pourrait plus courir. C’était bien mal connaître Serge Jeudy, qui déjà à 15 ans montrait une détermination sans fin. À force de réhabilitation et par la pratique du judo, il retrouve les pistes de course et son amour pour l’athlétisme.

En 1965, à 19 ans, Serge rejoint l’armée française afin de faire son service militaire obligatoire de 18 mois. Lors de son service militaire, il fait la rencontre de soldats américains déployés en France. Ce sont ces soldats qui lui parleront pour la première fois de l’Amérique et de ses possibilités. Le rêve américain l’intéresse et il commence à songer à une vie là bas.

À cette même époque, le fabricant automobile français Peugeot offre à Serge un emploi, un logement payé ainsi que des études afin de faire son brevet de technicien supérieur, tout en pouvant continuer de s’entraîner.

Il restera donc en France durant quelques années jusqu’à ce que les grèves de mai 1968 éclatent et qu’il décide de quitter pour de bon son pays. Il s’envole vers le Québec. Il atterrit à Montréal un beau samedi du mois de juin 1968 avec sa femme, son fils et 120$ dans les poches. Il sera immédiatement accueilli par une famille dans le nord de Montréal et se trouvera un travail de machiniste 3 jours plus tard.

1968 à 1974

MONTRÉAL : une passion qui prend vie

Performance, leadership et passion

Cet été là, en marchant dans la ville, Serge tombera par hasard sur une compétition d’athlétisme au Parc Jarry. On lui donnera la possibilité de participer hors concours, étant donné qu’il n’a pas sa citoyenneté canadienne à ce moment. Contre toutes les attentes du comité organisateur de l’événement, Serge gagnera le 400 et le 800 mètres, s’approchant ainsi des records québécois de ces deux épreuves. Après cette compétition, il se fera approcher par un officiel de l’équipe d’athlétisme de l’Université de Montréal qui l’invite à les joindre. Malheureusement, les discussions avec l’équipe n’aboutissent pas et cet événement marquera une sorte de pause dans sa carrière d’athlète.

Entre 1968 et 1970, Serge se consacre à son travail et à construire sa vie au Québec. Mais en 1970 l’avenir se dessine autrement pour Serge, qui fait la rencontre Jo Malléjac. Ce dernier le poussera à recommencer à s’entraîner en vue des Jeux olympiques de 1972 à Munich. Le retour à l’entraînement n’est pas facile, mais il persévère afin de pouvoir faire les qualifications. Entre le travail et les entraînements, Serge acceptera un mandat offert par la Cité de Montréal-Nord pour repartir les activités de Club d’Athlétisme de la ville. Il y apporte les modifications nécessaires pour encourager une plus grande participation des citoyens. Il y crée également un club élite. Serge se pose alors en leader de sa communauté et va même jouer les rôles variés de publiciste, de conférencier et d’organisateur pour le club.

L’année 1971 est définitivement une année occupée pour Serge qui débutera, en marge de sa carrière d’athlète, un emploi comme professeur d’éducation physique au Collège Laval. C’est alors la réalisation d’une passion pour l’enseignement, qu’il caressait depuis 1963.

1974 à 1980

Un retour aux études qui mène aux fondements d’inpowr

Avide de savoir, il cherche à comprendre…

En 1974, voyant qu’il n’a plus la forme des années précédentes, il décide de réduire l’entraînement et de se concentrer au rôle d’entraîneur, tout en retournant sur les bancs d’école à l’Université du Québec à Montréal. Il s’inscrit au baccalauréat en enseignement de l’éducation physique. Cette année-là, à l’UQAM, Serge fait la rencontre de Yvette Volet-Genet. Cette rencontre sera cruciale pour la suite de sa vie. Sa collègue réussira à faire basculer la conception qu’il a par rapport au développement de l’action corporelle pour améliorer les performances d’un athlète. Contrairement à l’approche biomécanique que Serge utilise, l’approche développementale prônée par madame Volet-Genet se concentre d’abord sur la relation qu’une personne a avec ses schèmes antérieurs : équilibration, coordination et anticipation.

Afin d’intégrer les concepts de cette approche développementale dans le sport, Serge commence donc à étudier le développement des mouvements tant chez ses élèves du primaire où il continue d’enseigner, que chez les athlètes de haut niveau qu’il entraîne. En 1976, il demande à ses athlètes de répondre à des questions personnelles relatives à leur bien-être physique, mental et social. Ces questions avaient pour objectif d’aider Serge dans le perfectionnement des mouvements corporels des athlètes pour le développement de leur sport. Tranquillement, le dessein vers inpowr pointe à l’horizon.

En 1978, il complétera avec succès son baccalauréat en enseignement de l’éducation physique. Il poursuivra par la suite des études supérieures afin de compléter une maîtrise en éducation en 1984. Son talent est d’ailleurs remarqué et cette même année, on l’invite à être chargé de cours pour le département de Kinanthropologie, où il continuera à enseigner jusqu’en 2003. Il enseignera plusieurs cours: Mesure et évaluation en activité physique, Stratégies d’intervention et d’animation en activité physique et sport, Didactique de l’éducation physique scolaire ainsi qu’Athlétisme et gymnastique. Il y introduit un concept d’intervention fondé sur l’équilibre de l’individu lorsque celui-ci est en relation constante avec lui-même, son environnement physique et les autres. Il prône alors l’approche développementale dans le sport.

Cette même année, il lance un laboratoire d’entraînement technico-moteur. Le concept est assez simple: tapis roulant et caméra en circuit fermé. Ce laboratoire fut très utilisé par les athlètes de l’équipe canadienne de marche athlétique, tant chez les hommes que chez les femmes. Cette initiative permit d’élaborer des logiciels pour l’analyse technique des athlètes et des logiciels pouvant compiler les statistiques complètes des athlètes.

L’année 1978 fut faste pour Serge, qui devient président des Jeux du Québec pour la région de Bourassa. Il restera à la tête de l’organisation jusqu’en 1982. Dans ces mêmes années, il publiera des dizaines d’articles sur l’initiation au sport, alors qu’il est directeur de la section sport à la revue Vidéo-Presse, une revue de style encyclopédique pour le milieu scolaire.

1980 à 1984

Son mémoire de maîtrise, ou la naissance d’inpowr

Un avant-gardiste reconnu

Le passage de Serge à l’UQAM fut faste au niveau des rencontres déterminantes. Il rencontrera entre autres, Jean-Claude Brief, alors professeur titulaire à la faculté d’Éducation et spécialiste des concepts Piagétiens. Un nouveau virage s’amorce dès cette rencontre. Serge était déjà très intéressé par Jean Piaget, reconnu pour ses travaux en psychologie du développement. Il avait d’ailleurs lui-même adapté, déjà à cette époque, certains de ces concepts au développement de la personne par corporalisation. La rencontre avec M. Brief lui a permis d’approfondir ses recherches et d’arriver avec des résultats plus probants. Encore aujourd’hui, Serge affirme que le rôle de mentor qu’a joué Jean-Claude Brief à cette époque fut déterminant dans l’évolution de sa pensée sur le développement de la personne.

En 1980, Serge est bien connu dans le milieu universitaire. Il sera chargé du dossier de la réforme du programme de baccalauréat en activité physique en milieu sportif, communautaire, industriel et scolaire puis en 1981, chargé du dossier de la réforme des modules en enfance inadaptée.

En 1984, Serge remettra son mémoire de maîtrise, nommé Études des raisons qui poussent les gens à courir de longues distances et identification des bénéfices qu’ils en retirent. En somme, la conclusion du mémoire de Serge énonce qu’une activité physique faite avec passion vient équilibrer une personne sur ses aspects non seulement physique, mais également mental et social. Lors de son dépôt, son travail lui a valu une mention d’excellence de la part du jury. Elle fut ultérieurement encensée par l’essayiste français Albert Jacquard. qui lui proposa par ailleurs que toute activité humaine (non pas seulement physique), lorsque pratiquée avec passion, vient équilibrer le système d’une personne sur ses différents secteurs de vie. Ce travail colossal est aujourd’hui à la base des fondements d’inpowr et garde toute sa pertinence encore aujourd’hui.

Récapitulatif

Athlète, entraîneur, conférencier et Master Coach

Un facteur de changement

Du début des années 70 et jusqu’à la fin des années 80, Serge parcourt le Québec et donne des dizaines de conférences, passant de la sensibilisation des jeunes au sport à la relation entre l’activité physique, les modes de vie et la santé. Il présente également son modèle théorique du développement des actions motrices dans le sport, du débutant à l’élite..

Dans son rôle d’entraîneur, Serge prendra en charge des athlètes dans plusieurs disciplines: gymnastique artistique et rythmique, athlétisme, marche athlétique, saut de barils, wushu et haltérophilie. Il aura également la chance d’encadrer les athlètes aux Jeux olympiques de Montréal (1976) et Los Angeles (1984). Il participera également à plusieurs coupes du monde de marche (1983, 1985) ainsi qu’aux Jeux du Commonwealth (1986), pour ne nommer que quelques événements.

Pratique non commune dans le monde sportif, Serge sera approché par certains entraîneurs d’athlètes d’élite afin de devenir leur Coach dans les années 80. Il sera alors Master Coach. Dans ce rôle, il décide du programme de l’athlète avec l’entraîneur puis transmet son savoir à ce dernier afin d’améliorer les performances de l’athlète. Encore en 2018, Serge travaille avec certains entraîneurs et leurs athlètes en leur transmettant son savoir et ses connaissances.

Conclusion

Depuis son arrivée au Québec en 1968 et encore aujourd’hui, Serge a toujours vécu plusieurs vies en parallèle. Athlète, puis entraîneur et Master Coach, il a toujours continué à enseigner et partager son savoir non seulement à l’université, mais également au primaire et au secondaire. Il a d’ailleurs plusieurs fois refusé des postes comme entraîneur au niveau national à plein temps, car il n’a jamais voulu quitter l’enseignement, aimant trop pouvoir partager sa passion pour le sport. Aujourd’hui, bien que Serge soit à la retraite, il reste toujours aussi curieux et avide de savoir. Il fait de la plomberie, de l’électricité, de l’électronique et de la mécanique. Il s’active d’ailleurs sur la construction de sa maison solaire. Ce que l’on peut retirer de Serge Jeudy, c’est qu’il est intègre, courageux et passionné par la vie. Il s’est toujours dévoué avec acharnement pour le sport, la recherche et l’enseignement. Encore aujourd’hui, il ne sait d’ailleurs pas ce que c’est que d’être essoufflé et demeure toujours en quête de vérité.